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Istanbul, un pont entre Orient et Occident

Chacun d’entre vous a déjà entendu parler d’Istanbul, ville mythique, à l’histoire foisonnante, même sans y être allé. Pour vous donner l’idée d’en savoir plus et, pourquoi pas, d’aller la visiter, je me propose de vous conter sa grande et sa petite histoire puis de vous faire découvrir ses trésors.

Celle qui fut au cours des siècles la capitale légendaire d’un pays sur la route de la soie ou des croisades, construite sur 7 collines tout comme Rome, aimée de nombreux écrivains, poètes, musiciens... tels Lamartine, Gérard de Nerval, Pierre Loti, Chateaubriand, Michel de Grèce, Théophile Gautier, Mozart, Jean Cocteau... seule capitale au monde construite sur 2 continents (Europe et Asie), continue de nous fasciner, à l’instar des villes carrefours qui relient les hommes et les civilisations.

Repaires légendaires et historiques

De l’antiquité à la chute de l’empire byzantin

Bien avant d’être la capitale fastueuse de l’empire ottoman, au XVe siècle, celle qui fut successivement Byzance, Constantinople et enfin Istanbul, a marqué l’histoire du vieux continent et du bassin méditerranéen.
La légende :

Le nom de Bosphore - détroit entre la mer Noire et la mer de Marmara - séparant les rives européennes et asiatiques de la ville, trouve son origine dans la mythologie grecque. Zeus aimait Io et cachait sa romance derrière un nuage. Mais Héra son épouse jalouse, veillait. Elle éventa le stratagème et fit disparaître le nuage. Avant sa dispariton, Zeus transforma son amante en génisse. Héra éventa le stratagème et demanda la jolie vache en présent, qu'elle fit garder par Argus, le monstre aux 100 yeux. Zeus demanda à son fils Hermès de fermer un à un les yeux d'Argus avec sa flute. Furieuse, Héra fit poursuivre l’infortunée par un taon. Pour échapper aux morsures, Io se jeta dans le détroit, le franchit et prit pied sur l’autre rive. Il prit ainsi le nom de « bous » (vache) et « phoros » (gué ou détroit). Autre épisode légendaire, dès l’antiquité, on relate l’escale reposante de Jason et des Argonautes, à bord de l’Argos, à la recherche de la toison d’or.

Byzance et la présence grecque :

Plus historiquement, des colons grecs venus de Mégare, navigateurs toujours en quête de rivages accueillants pour leur riche civilisation, abordèrent au VIIe siècle avant notre ère, en compagnie de leur chef Byzas, qui donna son 1er nom à la cité : Byzantion ou Byzance. Avant de quitter la Grèce, ils étaient allés interroger l’oracle de Delphes, qui leur prédit l’installation « en face des aveugles », message énigmatique s’il en fut. En arrivant sur place, ils virent qu’une autre colonie, arrivée de la même Mégare quelques années plus tôt, s’était installée sur la rive asiatique, aveugle à la beauté, insensible à l’utilité de se trouver sur les rives de la Corne d’Or, véritable port naturel.

La position stratégique de la ville aux 7 collines, entre Bosphore et mer de Marmara, attire au fil des ans d’autres peuples : Perses, Athéniens... Soumise à différentes reprises par les envahisseurs, elle recouvre son indépendance en 358 avant J.-C., avant de tomber sous la férule romaine en 146 avant J.-C. En - 340, Philippe de Macédoine, père d’Alexandre le Grand, fait le siège de Byzance mais un opportun clair de lune évente la présence de ses troupes, contraintes de s’en aller. C’est suite à cet épisode que le croissant devient l’emblème de la ville. En 279 avant J.-C., des mercenaires gaulois, les Galates, attaquent Byzance, contrainte de lui payer un lourd tribut. Ils s’installent sur la colline face au port et lui donnent le nom de Galata. Certains d’entre eux restent sur le site, tandis que d’autres vont créer la Galatie, royaume dont la capitale est l’actuelle Ankara. La tradition de présence française persistera dans le quartier de Galata à travers les siècles.

La période romaine :

Byzance subit une période de troubles de – 220 à 196, suite à des discordes et alliances malheureuses avec les Celtes, les Rhodiens, les Latins, période qui se conclut par le siège de l’empereur Septime Sévère. La ville est dévastée à la suite de ce siège qui dure 3 ans mais l’empereur, semble-t-il pris de remords, couvre ensuite la ville de monuments prestigieux et la dote d’une administration efficace.

En 285, l’empereur Dioclétien, conscient du déclin de l’immense empire romain et de la menace barbare pesant sur sa capitale, Rome, se résout à diviser l’empire pour mieux le contrôler. Cette décision transformera plus tard la provinciale Byzance en capitale de l’empire romain d’Orient.

Appuyant le pouvoir royal sur les cultes païens de Jupiter et d’Hercule, Dioclétien mécontente les autres religions, y compris la Chrétienne encore balbutiante. S’ensuivent des révoltes et des persécutions qui ensanglantent notamment Byzance et affaiblissent le pouvoir romain. Constantin, dès 312, en tire les conclusions en accordant à la religion chrétienne la place qu’elle revendique dans l’empire, constatant avec pragmatisme que cette nouvelle religion est synonyme de dynamisme et à l’origine de structures sociales faisant cruellement défaut au reste de l’empire romain. Il essaye de persuader Licinius, potentat de la partie orientale de l’empire, de tolérer le christianisme, mais celui-ci laisse se poursuivre les exactions à Byzance. En 324 enfin, après s’être débarrassé des autres prétendants au trône, Constantin, vainqueur de Licinius, est accueilli en Orient comme libérateur.

Constantinople, 1ère époque fastueuse :

Constantin rêve du renouveau de l’empire dont il a été couronné empereur en 324. Il établit la capitale de l’empire Romain d’Orient sur les rives du Bosphore, à l’emplacement de Byzance et donne à la ville son nouveau nom : Constantinopolis (la ville de Constantin) dite Constantinople. La nouvelle capitale est inaugurée en 330. Ceinte de murailles qui résisteront aux assaillants quelque 1 200 ans, elle comporte un palais, des thermes, un forum, une première basilique Sainte-Sophie. Pour peupler sa ville, Constantin n’hésite pas à offrir des palais aux notables romains, afin qu’ils acceptent de s’expatrier à Constantinople. Des intellectuels, sentant les menaces des barbares peser sur Rome, n’hésiteront pas à s’expatrier, transformant la ville en pivot culturel.

Constantin joue aussi sur les 2 tableaux pour s’attirer les faveurs de toute la population, bâtissant des sanctuaires païens aux côtés des églises chrétiennes. S’il se désigne protecteur des chrétiens, il ne se fera baptiser qu’en 337, sur son lit de mort. Il conserve en outre le titre de « Pontifex Maximus », qui en fait le chef spirituel de tous les païens.

Néanmoins, les cultes païens sont interdit en 392 et le Capitole, temple dédié à Jupiter, Junon et Minerve devient université.

Constantinople sera embellie au fil du temps par les successeurs de Constantin : Valens, Théodose Ier, Théodose II, qui construit notamment les murailles terrestres que l’on peut encore découvrir de nos jours. Alors que Rome subit les invasions barbares et perd de sa puissance, Constantinople connaît une extraordinaire époque de richesse, d’influence sur tout le bassin méditerranéen, tout au long du Moyen Age. Les Grecs et les Romains cohabitent harmonieusement. Lorsque Théodose II crée l’université en 425, la moitié des chaires est attribuée à des maîtres romains, l’autre moitié à des professeurs grecs. En 476, lorsque les barbares envahissent Rome, Constantinople devient la seule capitale de l’empire Romain, qui prend le nom d’Empire Byzantin.

Justinien :

En 527, débute le règne de Justinien, un empereur qui marquera la ville et l’empire, tant par sa politique que par les monuments qu’il fera construire, et tout particulièrement l’actuelle Sainte-Sophie. Souhaitant à son tour restaurer l’empire romain, il reprend l’Occident aux mains des barbares. Aidé de son fidèle Bélisaire, Chef des Armées, il fait de la méditerranée un lac byzantin.

En 532, l'empire semble au bord de la faillite lorsqu'éclate la révolte de Nika contre Justinien. Elle fera de nombreux dégats dans la ville et notamment l'avant-dernière Sainte-Sophie qui sera brûlée par la foule en fureur. Mais elle sera reconstruite encore plus belle et surtout persistera à travers le temps. C'est l'impératrive Théodora qui parviendra à calmer les rebelles.

Parallèlement à Sainte-Sophie, Théodora transforme le palais d’Hormidas en couvent et y fait construire une église remarquable connue sous le nom de "Saints Serge et Bacchus".

A la mort de Justinien, l’empire s’étend de l’Espagne à la Syrie, des rives de la mer Noire à l’Afrique du Nord. Il laisse une œuvre juridique importante publiée en 529 : le code Justinien, qui codifie le droit romain. Au XVe siècle, Soliman reproduit ce code, qui sera également utilisé par l’occident médiéval.

 

Les tentatives de conquête :

De nombreuses attaques (Avars, Perses, Omeyyades, Seldjoukides) sont repoussées par la suite, en particulier grâce à la supériorité des murailles terrestres et maritimes ainsi que des armées.

Constantinople subit son 1er siège par les Arabes en 633. Mais ils sont battus pour un long moment en 718 par Léon III l'Isaurien. En 860, ce sera au tour des Russes de tenter de la conquérir.

L’accession au trône de Constantin Porphyrogénète (912-959) apporte un second âge d’or à la ville, qui se couvre à nouveau de monuments. Au XIe siècle, l’empire connaît une nouvelle période de prestige auprès de l’occident. Des caravanes et des navires chargés d’épices et d’étoffes précieuses transitent par le port mais attirent une autre sorte de convoitise, plus discrète mais non moins nocive. Ceci aura des conséquences incalculables, on le verra plus tard, sur la puissance de l’empire.

Les Vénitiens, les Pisans, les Amalfitains et les Génois, au vu des marchandises circulant dans la région et pensant à la richesse qu’elles peuvent leur apporter, prennent les rênes du commerce, grâce à leurs comptoirs sur le Bosphore et la mer Noire. Cette exclusivité latine laisse dans la pauvreté les populations locales. Plus tard, Vénitiens et Génois se disputeront le monopole de l’économie de Constantinople.

En 1054, suite à la querelle des iconoclastes, les églises chrétiennes d’Orient (à Constantinople) et d’Occident (à Rome) se séparent, devenant respectivement Eglises Orthodoxe et Catholique.

Les croisades et le 1er déclin :

Différentes croisades se succèdent au XIIe siècle. Elles ont pour but de reconquérir les Lieux Saints, dont Jérusalem, mais elles permettent aussi à la papauté de récupérer des possessions de l’empire chrétien d’Orient. Dans un premier temps, les empereurs apportent leur aide avec méfiance, en contrepartie d’une protection.

Lors de la 2e croisade, les chevaliers commettent des exactions à Constantinople et les Byzantins décident de ne plus apporter leur aide aux armées croisées. Parallèlement, l’opposition entre l’empereur byzantin et l’allemand Frédéric Barberousse, participant aux 2e et 3e croisades, envenime la situation. Au même moment, les marchands italiens, installés dans la ville, arrachent aux autorités des pouvoirs exorbitants, à un point que la population, excédée, en massacre quelques uns. C’est la goutte d’eau qui fera déborder le vase.

A la fin du XIIIe siècle, le pape décrète la 4e croisade, commanditée en secret par le Doge de Venise, uniquement préoccupé des intérêts commerciaux de la sérénissime et de ses dépendances. Pour payer leur traversée en bateau aux Vénitiens, les croisés désargentés se font mercenaires, acceptent dans un premier temps un détour pour reprendre la ville de Zara, autrefois vénitienne et désormais hongroise. Ils arrivent ensuite à Constantinople en 1203, cherchent à réinstaller sur le trône le jeune Alexis l’Ange, détrôné précédemment, exilé depuis en Occident et protégé du Doge de Venise. La flotte vénitienne fait voile vers Constantinople, qu’elle menace pour soutenir l’accession au pouvoir d’Alexis l’Ange, mettant le siège devant la ville. La population se révolte, comprenant que les latins cherchent la mainmise sur l’empire. Alors les croisés, oublieux de la sainte guerre, voient dans la ville une proie attirante. Le 13 avril 1204, ils prennent à nouveau la ville d’assaut et, pendant 3 jours, violent et tuent la population, pillent les richesses - notamment le très beau Quadrige de l'hippodrome, installé par Constantin, qui ira décorer la basilique Saint-Marc à Venise jusqu'à nos jours - déposent l’empereur et installent un éphémère empire. Les richesses accumulées là depuis des siècles iront alimenter un commerce très lucratif en Occident. Une fois leur méfait accompli, les croisés ne reprennent plus la route vers Jérusalem. Les charges et fonctions les plus prestigieuses sont investies par les Vénitiens et leurs alliés. Le sac est tellement effroyable que, lors de la conquête des Ottomans quelque 250 ans plus tard, Constantinople n’avait pas retrouvé sa splendeur et sa population d’avant la catastrophe.

Entre temps, en 1176, Frédéric Barberousse encourage les armées Seldjoukides (descendants de tribus nomades de la région de Samarkand et Boukhara) à marcher sur Constantinople. Une première bataille entre ces derniers et les armées byzantines verra la défaite de Constantinople. Ces épisodes brisent la puissance de Constantinople qui subit son premier déclin.

L’économie de la ville redevient provisoirement florissante en 1261 avec l’arrivée de Michel VIII de la dynastie des Paléologue - branche des byzantins - qui chassent les latins du pouvoir. On doit plus particulièrement cette réussite à Michel VIII Paléologue, qui arrive à restaurer vaille que vaille la capitale. Les Paléologue restent en place jusqu’à la conquête des Ottomans mais l’empire, resté malgré tout fidèle aux valeurs de l’hellénisme, se réduit peu à peu à la capitale et à sa banlieue, dans le 2e quart du XIIIe siècle.

La puissance internationale des byzantins n’est plus ce qu’elle fut. A nouveau, les Italiens dominent le commerce tandis que les Grecs s’enfoncent dans la pauvreté. L’église catholique croit tenir sa revanche sur les Orthodoxes. L’Occident, jaloux de la puissance passée de l’empire Byzantin, indifférent à son sort et mécontent du schisme religieux, prépare le terrain à la conquête Ottomane.

 

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