Le
quartier de Sultanahmet ou « Pointe du Sérail »
Ce quartier concentre l’essentiel des
mosquées, basiliques, palais, musées et autres sites majeurs, étapes
obligées lors d’un passage à Istanbul.
At Meydanı
(la place de l’hippodrome),
point de départ pour la visite des principaux sites historiques du
quartier. A l’origine, hippodrome romain sous Septime Sévère au IIIe
siècle, s’y déroulaient principalement de sanglants combats de
gladiateurs, fauves, voire des spectacles opposant ceux-ci aux premiers
chrétiens. Il faut agrandi par Constantin au IVe sècle et
servit alors de champ de course. L’Obélisque dit de Théodose, issue
du tombeau de Thoutmosis III, est venue de Karnak en Egypte et a été
érigée à cet endroit au IVe siècle. Avec la colonne
serpentine et celle de Constantin, dont les plaques de bronze doré ont
été dérobées en 1204, elle constitue l’une des dernières œuvres
artistiques qui y figuraient, toutes les autres ayant été déplacées
dans les musées d’Istanbul et d’autres capitales européennes. Le
très beau quadrige, placé là par Constantin et emporté par les Vénitiens
lors du pillage de 1204, orne désormais la basilique Saint-Marc à
Venise. La taille initiale d’At Meydanı,
beaucoup plus importante a été amputée par la construction de
nombreux monuments à découvrir autour, notamment
la Mosquée
du Sultan Ahmet ou Mosquée Bleue.
Un peu de légende et d’histoire :
c’est sur cette place qu’au IVe siècle, selon la légende,
Théodora, fille du gardien des ours dans le cirque de Byzance, actrice
et courtisane, future épouse de Justinien, dansait et jouait la comédie,
avant de devenir impératrice. Plus historiquement, c’est l’endroit
où avaient lieu les courses de chars, attelés à 2 ou 4 chevaux, d’où
son nom d’hippodrome.
Le
peuple venait à cet endroit se divertir avec les courses, les représentations
théâtrales, etc. mais aussi faire de la politique. C’est en effet là
que les partis, qui prenaient comme noms « les bleus »,
« les verts », « les rouges », « les
blancs », proches du peuple ou de l’aristocratie, s’opposaient
avec une virulence atteignant parfois l’émeute. La révolte dite de
« Nika » en 532 partit de cet endroit. Elle fit 30 000
victimes et faillit ébranler le règne de Justinien. Lors de cette sédition,
de nombreux bâtiments brûlèrent dont l’avant dernière
Sainte-Sophie.
Quelques
années plus tard, Théodora et Justinien rêvèrent de donner à
Byzance une basilique digne de son statut de capitale de l’empire chrétien
d’orient : Sainte-Sophie.
Le nom de Sainte-Sophie n’évoque pas une sainte de ce nom mais
traduit le terme d’Aya Sofya ou Sagesse Divine.
Construite
sur l’emplacement de plusieurs sanctuaires successifs, brûlés en
raison de leur construction partielle en bois, Sainte-Sophie, en pierre
et en brique, reste à jamais le symbole de la puissance byzantine à
son. Ses 2 architectes : Isidore de Milet et Anthémios de Tralles,
également ingénieurs et mathématiciens, jugés innovateurs, ont dû
tenir compte du poids des matériaux utilisés. De nombreux ouvriers
venus de tous de tout l’empire ont participé à sa construction. Pour
gagner du temps, Justinien fera utiliser des matériaux récupérés
dans différents monuments du territoire, notamment la temple d’Artémis
à Ephèse, l’une des sept merveilles du monde. On n’avait pas
conscience à l’époque de la richesse de ces monuments du passé.
L’utilisation de la coupole, symbole de la voûte céleste, est une
innovation, qui sera imitée ultérieurement par d’autres architectes,
y compris pour les mosquées ottomanes et par le grand Sinan. Pour des
raisons de légèreté, la coupole est construite en briques fabriquées
spécialement pour l’occasion à Rhodes. Néanmoins, elles sont 10
fois plus lourdes que celles de l’édifice. Les briques, jugées matériaux
peu nobles pour un édifice religieux, sont masquées par des plaques de
marbre sur les murs. La basilique fut achevée en 537, 5 ans après le début
des travaux (un record pour l’époque). Le 26 décembre 537, jour de
l’inauguration, Justinien se serait écrié : « Je t’ai
vaincu, O Salomon » mais en 539, la coupole s’écroule,
probablement en raison d’un séisme. Elle fut reconstruite par Isidore
le jeune, fils d’Isidore de Milet et renforcée par des contreforts,
qui donnent à la basilique cette allure trapue et inélégante de
l’extérieur mais lui a permis de franchir 1 500 ans. Pour apprécier
ses qualités, il faut y entrer. Ses dimensions record - la coupole à
55,60 m
du sol, la plus grande au monde jusqu’à ce que Michel Ange construise
la coupole de Saint-Pierre de Rome quelque mille ans plus tard - une nef
de 75 X
70 m
, une superficie totale de
7 570 M²
, en feront pendant plus de 9 siècles le plus grand édifice religieux
construit par
la Chrétienté.
Elle
reste de nos jours, la 4e plus grande église du monde, derrière
Saint-Paul de Londres, Saint-Pierre de Rome
et le dôme de Milan. Son état de conservation est encore
impressionnant, malgré les tremblements de terre qui l’ont ébranlée
au fil des siècles et les nombreux travaux de restauration dont elle
fait l’objet.
Sainte-Sophie
fut église dès sa construction jusqu’en 1453, année de la chute de
Byzance face à Mehmet II, qui institutionnalisa à cette occasion
l’islam comme religion officiel de l’empire et transforma de
nombreuses églises, basiliques, etc. en mosquées. Celui-ci, fasciné
par le bâtiment, se contenta de masquer la grande mosaïque du Christ
Pantocrator sur la coupole, derrière un texte du Coran. Cette mosaïque,
aujourd’hui disparue, semble-t-il lors d’une restauration, serait
selon la légende dissimulée sous un des grands panneaux en bois et
recouverte d’une inscription coranique.
Les
autres mosaïques seront masquées avec du badigeon par les sultans du
XVIIIe siècle, moins soucieux de l’héritage byzantin. La
fascination exercée par Aya Sofya persistera par ailleurs sur tous les
souverains successifs, sur le fameux Sinan, constructeur entre autres de
la mosquée Süleymaniye (mosquée de Soliman) et sur les autres
architectes des sultans qui édifièrent des mosquées sur son modèle
audacieux aux XVe et XVIIe siècles. En 1935, Atatürk
transforma Sainte-Sophie en musée.
Face
à Sainte-Sophie,
la Mosquée
Sultan
Ahmet du XVIIe siècle, que nous appelons Mosquée Bleue pour la couleur dominante de ses faïences d’Iznik,
est l’ultime témoignage de l’empire ottoman déclinant. Une légende
raconte que l’architecte, Mehmet Ağa, élève de Sinan, l’a
dotée de 6 minarets parce qu’il aurait mal compris les instructions
d’Ahmet Ier, le sultan. Il aurait fait une confusion sur le
mot « altı »,
celui-ci pouvant signifier « en or » ou le chiffre « six ».
Plus historiquement, Ahmet Ier, sultan mégalomane, voulait
égaler la splendeur de
la Mosquée
de
La Mecque
en la dotant de 6 minarets. Mal lui en prit, cela entraîna un tel
conflit religieux, qu’il dût financer la construction d’un 7e
minaret à
La Kaaba
de
La Mecque.
En
saison, un son et lumière se
donne sur l’esplanade entre Sainte-Sophie et
la Mosquée
Bleue
, en 4 langues, différentes chaque soir.
Juste
en dessous de
la mosquée Bleue
, se trouve l'église de Saints Serge et Bacchus, ce joyau de
l’art byzantin. L’édifice, carré à l’extérieur et octogonal à
l’intérieur dégage une magnifique harmonie. Les deux étages intérieurs
reposent sur de superbes colonnes ouvragées séparées par un
entablement richement sculpté sur lequel se déroule une longue épigramme
en l’honneur du couple impérial.
Mais
le côté exceptionnel de ce bâtiment se trouve dans la coupole qui
représente une véritable prouesse architecturale. En effet, la
difficulté de ce type d’édification réside dans le fait qu’il
faut passer d’un plan carré qui est la base de l’édifice à un
plan rond qui en est le sommet. La solution la plus utilisée par les
constructeurs byzantins et plus tard ottomans, est l’utilisation de
pendentifs. C’est à dire que la transition entre le carré et le rond
se fait par des triangles. Mais ici, la solution retenue est plus
spectaculaire car le rond est posé directement sur le carré, ce qui
veut dire qu’il n’y a pas de transition. Pour réussir cet exploit,
la coupole est d’une structure complexe composée de 16 éléments
alternativement plats et incurvés. Les éléments plats sont percés
d’une fenêtre et les éléments incurvés coïncident avec les angles
de l’octogone avec lesquels ils sont en léger retrait permettant
ainsi d’éviter d’être en porte à faux.
Cette
manière de faire est spectaculaire mais le résultat est beau, élégant,
original et aérien. Et le plus surprenant est que la petite coupole (
15 mètres
de diamètre) de cette église a servi de modèle à la coupole
grandiose de Sainte-Sophie (
30 mètres
de diamètre). Sans en avoir de preuves historiques, on peut penser que
les deux architectes de Sainte-Sophie, Anthémios de Tralles et Isidore
de Millet, se sont inspirés de cet édifice pour bâtir leur chef
d’oeuvre.
En
effet, à y regarder de près, le plan général de Sainte-
Sophie a
été obtenu en coupant en deux la structure de Saints Serge &
Bacchus et en y ajoutant une coupole centrale. Cette petite église
reste un véritable mystère nous ne saurons sans doute jamais qui l’a
construite.
Transformée
en mosquée à l’arrivée des Ottomans, l’église est parvenue
intacte jusqu’à nos jours, sous le nom de Küçük Ayasofya Camii
(Mosquée de
la petite Sainte-Sophie
).
A
proximité de Sainte-Sophie, on peut découvrir un bâtiment discret de
l’extérieur mais surprenant quand vous y entrerez : Yerebatan
Sarayı
(palais englouti en turc). A une centaine de mètres de Sainte-Sophie,
c’est en réalité une citerne souterraine construite sous Constantin
puis agrandie par Justinien. Elle possède la même largeur que la
basilique dont elle est proche. Raccordée à l’Aqueduc de Valens,
elle approvisionnait en eau le palais impérial construit à
l’emplacement de l’actuelle Mosquée Bleue et devait pallier les éventuels
sièges qui auraient pu priver la ville d’eau. Ses 12 rangées de 28
colonnes de style corinthien, de 8 m
de haut, dont certaines exceptionnellement belles, donnent à l’édifice
des allures de basiliques byzantines. On la visite au son d’airs
d’opéra. Tout au fond, ne manquez pas les 2 chapiteaux soutenus par
des têtes de Méduse, sans doute récupérées sur un temple antique.
Si vous êtes cinéphiles, cet endroit vous rappellera quelque chose, on
y tourna une scène d’un James Bond, « Bons
baisers de Russie ».
Le Milliaire d’Or : en retournant vers
At Meydanı, à l’angle de la rue, vous pourrez observer cette
curiosité : une borne construite par les byzantins, à partir de
laquelle ils calculaient les distances de leur immense empire.
Avant d’aborder le palais de Topkapı ou à la
sortie, ne manquez pas de regarder, même très brièvement, la petite Soğukçesme
Sokak (littéralement « rue de la source froide ») qui
longe la muraille du palais, à gauche de l’entrée de la 1ère
cour. D’admirables maisons en bois très bien restaurées, adossées
à la muraille, une calme rue pavée, tout cela en fait un lieu hors du
temps, épargné du tintamarre qui règne devant Topkapı avec le
ballet incessant des autocars de tourisme et le piaillement des écoliers
d’Anatolie venus visiter l’ancienne capitale des byzantins et des
ottomans. Les maisons abritent désormais des hôtels. Dans ce même
quartier, vous découvrirez d’autres maisons en bois admirablement
restaurées.
A proximité, vous pouvez également découvrir le
Caferağa Medresesi, vieille medersa construite par Sinan, occupée
désormais par un café, des boutiques et des échoppes d’artisanat
turc traditionnel : céramique, gravure, miniature, papier marbré,
objets en cuir…