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Yougoslavie - chants dans la nuit

Ca se passait sur la côte Dalmate, près de Split, avant la chute du mur, avant la guerre.  Il n'y avait pas de Serbie, pas de Croatie, pas de Bosnie-Herzégovine, pas d'enfant avec des fusils ou de petites tombes blanches, juste un pays qui respirait la douceur de vivre, à l'exception de quelques remarques désabusées faites par notre guide.

Il s'agit de ce qu'on appelle un voyage d'étude, où un voyagiste présente à ses clients (agences de voyages, associations de tourisme, etc.) une destination, des activités, des hôtels.

Nous étions hébergés dans un complexe hôtelier à Sibenik (près de Split) comportant 3 parties : un hôtel économique pour les autochtones, un hôtel moyen pour les citoyens de l'URSS de l'époque et un hôtel plus luxueux pour les touristes occidentaux. Bien entendu, puisqu'il fallait nous donner envie de faire la promotion de la destination auprès de nos clients, nous étions dans l'hôtel le plus luxueux. Ces 3 hôtels étaient peu distants, de l'ordre de quelques centaines de mètres mais tout était bien cloisonné, nous ne voyions pas les autres parties.

La veille de notre départ, à la nuit tombée, nous avons commencé par apercevoir le long de la côte un feu de bois puis, tout doucement, des chants mélancoliques sont montés dans la nuit, ils ont retenti jusqu'au petit matin. C'était chaleureux, mélodieux, on aurait aimé se joindre aux artistes.

Avant le départ, nous avons demandé au guide de qui il s'agissait. Celui-ci nous a expliqué que, comme nous, les soviétiques quittaient l'hôtel ce matin-là et qu'ils avaient voulu terminer en beauté ces vacances qui devaient être rares.

Egypte - l'odeur du cèdre

Assouan, dernière escale de notre bateau avant la visite éclair à Abou Simbel et l'envol vers Le Caire. On nous offre une après-midi libre pour flâner dans les quartiers commerçants ou populaires. J'étais encore mariée et mon mari était originaire d'Afrique du Nord, aussi brun que je suis blonde. Impossible de se tromper sur nos origines respectives.

La tourista avait fait son oeuvre, je souffrais et il était hors de question que je mange quoi que ce soit de local. Mais mon mari, lui, voulait à tout prix goûter autre chose que la cuisine internationale qu'on nous offrait sur le bateau. Nous sommes alors rentrés dans les quartiers commerçants longeant le Nil.

Il y avait là des boutiques fréquentées par les Egyptiens, où ils n'ont pas l'habitude de voir passer des touristes. Une odeur particulière nous attire, une odeur de bois. Dans une petite échoppe, des hommes sont en train de fabriquer un lit en cèdre, à l'odeur si particulière. Il y a sur le mur une image très colorée, représentant un symbole Chrétien. C'est alors que je comprends que ces personnes sont des Coptes.

Ravis de voir arriver de nouvelles têtes, ils comprennent immédiatement que nous n'avons pas la même origine religieuse. Très étonnés, ils nous interrogent : "Vous avez le droit de vous marier ?". A notre réponse positive, ils sont ravis d'apprendre que, quelque part dans le monde, un mariage mixte est possible. Nous avons été invités à partager le thé avec eux. Un moment de bonheur.

Thaïlande - des éléphants sur la rivière Kwaï

On prétend que la Thaïlande n'est plus qu'un vaste marché où le sport national est de piéger les touristes et de leur vendre tout et n'importe quoi. C'est peut-être partiellement vrai, mais il reste des îlots d'authenticité.

Notre guide, très facétieux, s'amusait beaucoup à nous promettre chaque soir un hôtel dans la brousse, auquel on ne peut accéder qu'après des kilomètres de marche dans une nature peu accueillante. La plupart du temps, c'était faux mais un matin, il nous explique très sérieusement que nous devons nous préparer un léger sac avec des vêtements de rechange, car nous ne pourrons pas emmener nos grosses valises à la halte suivante.

En effet, ce soir-là, nous abandonnons notre autocar et la majeur partie de nos bagages. J'ai bien garde de prendre quand même mon appareil photo, excellente inspiration. Nous embarquons dans des bateaux à moteur sur la Rivière Kwaï et arrivons en face de cabanes en bois, fixées sur des rondins et amarrées à la rive par des cordes.

Le guide nous explique que nous dormons ce soir à cet endroit, sans fenêtre, sans climatisation, sans électricité, aux douches tout ce qu'il y a d'artisanal. Grosse frayeur de la partie du groupe trop habituée au luxe. Ce fût une nuit de rêve en réalité. L'eau des douches n'était quand même pas froide et chaque logement était équipé d'une lampe à pétrole qui éclairait suffisamment. Par ailleurs, les moustiques, grande peur des Européens dans ces pays d'Asie du sud-est, étaient absolument absents. Et comble de bonheur, nous avons eu droit après le dîner à un spectacle de danse de la région, tout ce qu'il y a d'authentique pour une fois.

Au petit matin, nous ressentons comme un mouvement, tout le monde sort des chambres pour voir ce qui se passe. Les cordes, sous l'effet du mouvement de l'eau, se sont distendues et l'hôtel s'est éloigné du rivage. Des éléphants, sont en train de ramener les bâtiments vers la rive.

Thaïlande - un train de nuit du nord au sud

Notre périple partait de Bangkok, remontait jusqu'au triangle d'or en faisant un passage à l'est pour voir les temples Khmers. Arrivé au nord, plus exactement à Chiang Maï, nous redescendons pour, les derniers jours, nous reposer un peu sur la côte, près de Bangkok. Pour ce dernier trajet du nord au sud, au lieu de continuer avec notre autocar, nous empruntons un train de nuit, souvenir des trains de notre enfance, où les banquettes se transforment en lits après le dîner.

Vous croyez qu'on a envie de dormir immédiatement ? Absolument pas, on vit une espèce de rêve que l'on voudrait prolonger tard dans la nuit. Alors un des clients sort de son bagage un harmonica, sorte de petit instrument à vent que les jeunes garçons apprenaient à utiliser il y a quelques dizaines d'années et surtout de taille pratique pour un voyage.

L'ensemble du groupe s'est mis à chanter des grands standards et le personnel du train, ainsi que quelques passagers sont venus écouter cette curiosité, des français qui, décidément, ne savent pas ce que c'est que la discrétion. Quand bien même, quel souvenir merveilleux !!!

Jordanie - orage à Pétra

Une journée hors du temps à Pétra, on traverse le fameux Siq, puis on découvre le Khazneh (trésor) et on visite enfin la reste du site, les tombes et les temples creusés dans la roche rose.

Cette région est presque désertique, elle est d'ailleurs à une faible distance du désert du Wadi Rum que l'on parcourt le lendemain. Il y pleut au maximum 3 ou 4 fois par an.

Toute la matinée, le ciel est limpide, il fait même trop chaud pour certains, qui se disent qu'un peu de fraîcheur ne leur ferait pas de mal. Après le déjeuner, toujours sur le site, le reste de la visite est libre.

Mais tout d'un coup le ciel s'obscurcit, devient noir, et le contraste de la roche rouge sur le ciel noir est saisissante, le bruit du tonnerre semblant venir de la montagne nous fait imaginer une espèce de colère divine, rappelant le fameux film se déroulant en partie à cet endroit, Indiana Jones et le temple maudit. On se dit que le fameux repère du Graal existe peut-être, que quelqu'un a essayé de s'en emparer et que l'orage est l'expression de la colère divine.

Je me réfugie dans une cabane en bois tenant lieu de café, où des touristes du monde entier, amusés d'avoir assistés à un événement exceptionnel, échangent en riant dans toutes les langues. On boit du thé, on se comprend, Babel est morte.

Le lendemain, dans le Wadi Rum, désert minéral où rien ne pousse, des moineaux tout heureux ont trouvé une flaque d'eau préservée depuis la veille dans une anfractuosité de rocher, ils s'y ébrouent et s'abreuvent avec délice, indifférents à ces hommes tout étonnés de les voir là.

 

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